Bruxelles, le 26 septembre 2024 – Sacha Wilkin

12 novembre 2024

Bruxelles, le 26 septembre 2024

Sacha Wilkin

Après-coup de la journée de lASBL « Autismes et inventions », dirigée par Céline Poblome-Aulit, directrice adjointe au Courtil et membre de l’École de la Cause freudienne. En présence notamment de Neus Carbonell, membre de l’Escuela Lacaniana de Psicoanálisis.

La journée qui a eu lieu et qui se termine a été enseignante, non sans quelques résonances avec les idées qui m’étaient venues déjà, à propos de ma pratique de psychiatre en institution.

Du fait des modalités administratives qui régissent les institutions pour enfant où nous tentons dopérer selon lorientation analytique qui tire un fil de Freud à Jacques-Alain Miller en passant par le Docteur Jacques Lacan, nous nous trouvons réduits à des prises en charge de trois ans maximums pour des enfants qui présentent un autisme kannérien typique – une position subjective, plutôt quune pathologie neuropsychiatrique qui implique beaucoup de temps et de tact pour y prendre place, opérer, traiter le réel en jeu.

Par conséquent, nous sommes souvent « pris par le temps ». Instant de voir souvent trop court ; temps pour comprendre qui gagnerait à être bordé par la logique propre au cas de l’enfant ; moment de conclure régulièrement précipité par la deadline et qui oblige à plonger, tête en avant, dans une orientation qui – aussi calculée soit-elle – garde son lot dincalculable.

« Incalculable » est un terme qui a été régulièrement utilisé toute cette après-midi. Dans la rencontre avec les sujets autistes, mais aussi bien avec tout sujet, il y a de lincalculable. Sensuit une désorientation structurale dans notre travail. Ce travail consiste en une « pro-vocation » à la rencontre avec les sujets autistes – « singulièrement différents » les uns des autres. En effet, lautisme, dans le meilleur des cas, nous concerne ; il nous angoisse, ce qui pourrait nous pousser à fuir la rencontre.

Les sujets autistes sont également angoissés, du fait de la non-extraction de lobjet « petit a », concept qui donne un lieu à la jouissance non domestiquée par le symbolique. Ils se présentent comme non-manquants. Cette absence de manque angoisse lintervenant qui est confronté au réel de la phénoménologie de ces enfants, autistes ou psychotiques.

La pragmatique de nos pratiques me semble dès lors consister dans la rencontre de deux angoisses – et cela s’étaye de ce qui a été dit ce 26 septembre à la Maison des Associations Internationales à Bruxelles : dun côté, langoisse autistique structurale, celle qui découle de lencombrement par lobjet non extrait ; de lautre, langoisse de lintervenant, disons « idéalement névrosé », « aussi névrosé que possible », qui a, pour sa part, affaire au roc dune castration qui n’est pas-toute assimilable. Cette rencontre de deux angoisses conjointes savère à mon sens maximale quand un intervenant se retrouve confronté au réel insupportable de lenfant autiste et réciproquement, mais non pas symétriquement, pour lenfant autiste, lorsquil est confronté à une volonté qui s’affirme au nom du bien, ou de l’éducation, par exemple. Cette volonté est à distinguer de ce que Lacan a appelé « un désir décidé » qui implique la barre qui le refend, le trou qui le perfore.

En ce point où deux angoisses se rencontrent, s’ébauche, pour lenfant et pour lintervenant, la possibilité dun franchissement, dune interprétation en acte de la situation dangoisse. C’est bien un acte qui y est ici convoqué et dont les effets ne se révéleront qu’après-coup. Un acte qui, selon les indications de Neus Carbonell, vise à produire une rencontre où « la satisfaction de l’un peut provoquer celle de l’autre », où « une étincelle jaillit », incluant une perte.