Partir de l’intérêt du sujet. Un petit canard au bord de l’eau… et plouf dans l’eau ! – Eva Kosturkiewicz

2 juin 2026

Partir de l’intérêt du sujet – Un petit canard au bord de l’eau… et plouf dans l’eau !                                                                                          Illustration – Ateliers du 94

Eva Kosturkiewicz

Oliver nous enseigne à quel point notre orientation est une clinique du détail, une clinique qui trouve sa source à partir de l’intérêt de l’enfant. À partir de ce point, tout un travail a pu se construire, nous avons pu être partenaires pour l’aider à trouver, aussi fragile peut-il être, un certain apaisement qui permet une belle mise au travail.

Oliver arrive aux Glycines, pétrifié et bouché (tute, casque antibruit). Il s’efforce de cacher son corps frêle dans les coins des pièces, tremblant et grattant le mur comme s’il voulait y entrer. Toute présence accentue cela, il est terrifié. Il a fallu plusieurs mois pour qu’il tolère que l’on s’approche, sans un mot, sans un regard, juste être à côté de lui, à manipuler des figurines d’animaux ou feuilleter un magazine.

Lors de l’atelier chants, très discrètement, nous repérons un intérêt particulier sur certaines chansons où apparaissent des animaux, une préférence se marque pour la chanson Un petit canard au bord de l’eau. D’abord en retrait, par la suite il devient acteur et cherche dans le cahier la chanson convoitée ainsi que l’image plastifiée qui représente la chanson. Devant l’image, Oliver secoue les mains devant lui, se balance, observe l’image et sourit. Terminer cet atelier n’est pas toujours simple : il arrive qu’Oliver se mette dans une grande colère, pleure et nous tape, nous, qui mettons fin à l’atelier.

À d’autres moments de la semaine, Oliver nous emmène vers l’armoire où est rangé le cahier de chants, parfois il nous emmène juste dans le local où se fait cet atelier et attend. Nous proposons de lui « prêter » quelques images plastifiées. Lorsqu’il ne va pas bien, nous les lui proposons et il s’apaise instantanément, tenant l’image entre ses mains. Vu son intérêt pour ces images, je reproduis un petit cahier de chants pour lui (le même en plus petit) accompagné des mêmes images plastifiées. Il peut les faire siennes. Depuis, lorsqu’il arrive, il s’en empare et se déplace dans le groupe où il reste à proximité de nous, images en mains. Ces images et chansons circulent dans l’institution. Ensuite, ces images plastifiées circulent entre la maison et l’institution. Depuis, nous avons élargi la collection d’images : Oliver s’intéresse à de multiples illustrations de canards. Des canards en peluche ont rejoint la collection et tous s’invitent lors de certains ateliers : en peinture, nous nous sommes mises à peindre des canards, ce qui a permis à Oliver de s’intéresser à l’atelier. La peluche canard a pu servir de support pour étaler la peinture sur les feuilles telles un pinceau. En grimage, j’ai grimé des canards sur mon bras. Oliver s’est alors approché, a observé et a laissé des traces de peinture sur mon bras. Être en présence de ces images de canards lui a permis de circuler davantage et plutôt qu’être dans les coins, il vient désormais se rassurer auprès de nous, grattant notre épaule. Il s’est mis à chantonner les chansons de l’atelier chants et les fins d’ateliers se passent plus sereinement. Quelque chose semble s’être inscrit. Aujourd’hui, près de deux ans après son arrivée, Oliver va bien, le travail autour du corps s’ouvre ; il grimpe, met des choses en bouche, il découvre de nouveaux objets qu’il manipule, et observe les autres enfants. Le matin, à son arrivée, il va chercher la pochette dont il extrait les petites images. Il les délaisse plus facilement pour faire d’autres choses. Les images sont encore parfois nécessaires pour les transitions, passage d’un lieu à l’autre, rentrer à la maison… elles restent un appui solide dans le quotidien d’Oliver et nous nous en soutenons également, pour le rencontrer.